Deux-Sèvres 

                   
       

 

Laiterie Terrassier Aubin

puis Terrassier Raymond

(Laiterie des quatre chemins)

à

SAUZÉ-VAUSSAIS

 

       
                   

 

Historique : 1912 - 1922
     
  Aubin Terrassier, forgeron charron, né en 1866 à Sauzé-Vaussais, épouse Célina Robichon en 1897. Leur premier enfant, Raymond, naît l’année suivante, en 1898.

En 1901, il est déclaré Charron place du marché avec un ouvrier et deux domestiques.

En 1906, un incendie survient à leur domicile du quartier de « Limage ». Selon un article paru dans "L’Union Libérale". Cet événement pourrait expliquer qu’Aubin Terrassier ait changé de domicile, puisqu’au recensement de 1906 il est mentionné Grand-Rue et déclaré "sans profession".

En 1911, il a de nouveau déménagé et changé de profession : il est recensé comme aubergiste rue du Baron, sur la principale voie menant au carrefour des Quatre-Chemins.
   
                   
 

Vers 1912, Aubin Terrassier change d’activité et fonde, à la même adresse, la « Laiterie des Quatre-Chemins ». Leur jeune fils aîné, Raymond, l’assiste alors dans le travail de la fromagerie.

Le 18 avril 1917, Raymond est incorporé dans l’armée. Il sert successivement au 88ᵉ puis au 85ᵉ régiment d’infanterie lourde.

Durant cette période, l’étiquette de camembert « L’AS » est créée en hommage au fils cadet, André Victor, passionné d’aéronautique, et élève pilote dans la Vienne.

 
                   
 
L'étiquette de Camembert "L'As"a été réalisée
par un imprimeur local :
imprimerie Richard

Le 29 mai 1920, après avoir terminé la guerre, il regagne le foyer familial. Raymond reprend son activité de fromager aux côtés de ses parents.

Outre le propriétaire Aubin Terrassier et son fils Raymond, plusieurs habitants du village ont sans doute travaillés à la fromagerie. Le recensement de 1921 de la commune de Sauzé-Vaussais fait apparaître :
  • Louis Proust, chef fromager, né en 1889, domicilié dans la même rue (rue du Baron) ;
  • Jean Damy, fromager, né en 1902, habitant rue de la Gare ;
  • Joseph Collotte, ouvrier fromager, né en 1893, habitant rue Neuve.
En 1921, Aubin se retire un peu de la fabrication pour se consacrer à la commercialisation.

Le 29 août 1922, Aubin Terrassier, décède dans sa fromagerie à l’âge de 56 ans.
 
           
   
           
  Raymond, jusqu’alors aux côtés de son père, doit désormais en assurer la complète direction dans des conditions difficiles.  
                   
 
On peut imaginer... que ce soit le château de Monteneau, situé à 5 km
 qui a inspiré le lithographe pour la réalisation de l'étiquette "TR" (Terrassier Raymond).

Camembert extra du Domaine des Quatre Chemins
 
                   
   

Le 9 octobre 1922, soit deux mois après le décès d’Aubin, la fromagerie est officiellement déclarée en faillite.

Le 10 mars 1924, André Victor obtient son brevet de pilote. Sa passion pour l’aviation l’emportant, il s’engage dans l’armée de l’air dès le mois suivant. Il est incorporé au 34ᵉ régiment d’aviation, puis promu sous-lieutenant en 1928 et capitaine en 1935. Il mène par la suite une longue carrière d’officier. Il décède à Dreux en 1995, à l’âge de 91 ans.

Quant à Raymond, en 1926, il se déclare rentier rue du Baron puis il quitte Sauze et mène une vie de bohème et itinérante. En 1930, il réside à Niort, puis s’installe en 1932 à La Roche-sur-Yon. On le retrouve ensuite à Magalas, près de Montpellier, puis à Bordeaux. Il est rappelé sous les drapeaux le 27 août 1939, avant d’être renvoyé dans ses foyers en mars 1940 pour raisons de santé.
 
                   
     
              Rédaction et mise en page ED - © letyrosemiophile.com
avec l'aide précieuse de Marc Gatineau en février 2026.
                   
                       
     

Biographie de l'aviateur TERRASSIER André Victor (de Pierre Caillaud)

     
                       
   

André, Victor Terrassier est né le 18 mars 1904 à Sauzé-Vaussais dans les Deux-Sèvres (79) est le Fils de Aubin, Alexandre Terrassier et de Marie, Célina Robichon. Vers 1912, son père fonde la laiterie des Quatre Chemins à Sauzé-Vaussais. L’étiquette du camembert « l’AS » est créée vers 1917 en hommage à son fils cadet André,Victor qui est passionné d’aéronautique, et élève pilote dans la Vienne (86), probablement à Poitiers.

Il décroche son brevet de pilote le 10 mars 1924 sous le n°20155.

Engagé volontaire le 2 avril suivant, il arrive le lendemain au 34ème Régiment d’Aviation Mixte (34 RAM) basé au Bourget. Ce Régiment était composé à cette époque de 3 escadrilles de chasse, 2 de reconnaissance et 6 d’observation. Sans son carnet de vol nous ne pouvons pas savoir sur quels avions il a volé. Nous supposons qu’il était dans une escadrille d’observation, voire reconnaissance, probablement sur des Breguet 19, ou Potez 25, les plus utilisés. 

   
                       
   

Nommé caporal le 3 août 1924, rapidement sergent le 2 janvier 1925. Il est admis à l’école militaire et d’application de l’Aéronautique à Versailles, et affecté au 3ème groupe d’ouvriers d’aéronautique le 3 octobre 1927.

Le 11 septembre 1928 il devient sous-lieutenant, et le 1er octobre il est affecté au 32ème RAM basé à Dijon. Il se retrouve dans le même schéma d’organisation et de dotation que dans son ancien Régiment précédent.

Promu capitaine le 25 mai 1935, il est affecté le 16 octobre 1936 à la 15ème Escadre de bombardement lourd sur Farman 221, puis 222.1 et 222.2, quadrimoteurs basés à Avord. Cette 15ème Escadre d’environ 40 avions, compte deux groupes les I/15 et II/15 à 2 escadrilles chacune. Première et deuxième escadrille pour le premier groupe, troisième et quatrième escadrille pour le second. La France, comme l’U.R.S.S. sont les seuls pays au monde à posséder des bombardiers lourds stratégiques à cette époque.

Cette Escadre, notamment à titre de propagande effectue la tournée de nos colonies africaines, ainsi que des entraînements au bombardement. En novembre 1937, le général Pastier emmène vers l’Indochine un groupe de 5 Farman (probablement des F-221) commandés par le lieutenant-colonel Moraglia qui est à la tête de la 15ème Escadre. Départ de Tunis-el-Aouïna le 10 où ils étaient arrivés la veille, ils se posent à Benghazi, accueillis par l’Aviation Italienne. Ils repartent le 11 et se posent au Caire. Au départ du Caire le lieutenant-colonel Moraglia, piloté par le capitaine Terrassier, roulait à grande vitesse et allait décoller quand l’une des roues s’engagea dans un trou de sable. Le pneu éclata tandis que l’appareil, brusquement freiné, accomplissait un cheval de bois et touchait l’aile gauche. L’équipage n’eut pas grand mal, quelques contusions, mais l’avion était hors d’état de poursuivre sa route. Il fallut le démonter.

Un avion de remplacement est dépêché afin que le lieutenant-colonel Moraglia continue le voyage pour l’Indochine. L’équipage joue une nouvelle fois de malchance, il se pose à Karachi le 24 avec un moteur en moins. Le voyage s’arrête là en attendant les secours pour repartir sur le chemin du retour. Pendant ce temps les 4 autres Farman arrivent à Hanoï le 22, puis Saïgon le 26 novembre. Deux des Farman 221 (n°4 et 6) sont affectés à l’escadrille de Tong.

Le 21 décembre 1938, deux équipages s’envolent d’Avord afin de convoyer deux Farman 221, les n°9 et 10 destinés à l’escadrille de Tong en Indochine qu’ils atteindront le 26 janvier 1939 après avoir accompli un long séjour à Tunis. L’un des deux avions est commandé par le capitaine Terrassier. Avec les 2 précédents de 1937, ils formeront l’escadrille 2/41.

   
                       
   

A la déclaration de la guerre le 3 septembre 1939, André Terrassier est toujours à la 15ème Escadre à Avord, où il y est affecté au bataillon de l’Air 127 le 30 octobre 1939. Les bataillons de l’Air sont spécialisés dans certains domaines qui vont de la défense du terrain, le ravitaillement, les communications, etc. Afin que le groupe fonctionne bien. Nous le retrouvons comme « commandant » à la 1ère escadrille du I/15 en novembre, où il y sera remplacé à une date indéterminée. Au fur-et-à mesure des réorganisations du groupe, André Terrassier y exercera des postes de responsabilité jusqu’à la fin de la campagne. Entre les premières livraisons des Farman F 221 en novembre 1936, puis les Farman F 222-1 en avril 1937, et les derniers modèles plus modernes Farman F-222-2 en décembre 1937, tous ces avions sont devenus obsolètes rapidement. Il n’est plus question de les employer de jour, car trop lents, en conséquence ils ne voleront que de nuit.

S’engage entre les belligérants une guerre psychologique en lançant des tracts. La 15ème escadre est requise pour cette mission qui nécessite des modifications dans la soute à bombes des Farman.  André Terrassier accomplit ce nouvel exercice le 2 mars 1940 en lançant 244 kg de tracts sur Limburg. Quel fut l’impact sur la population allemande ? Probablement aucun. André Terrassier est affecté au Bataillon de l’Air 101 le 1er mai 1940, tout en continuant ses fonctions au GB I/15.

Le 10 mai l’Escadre se fait surprendre à Reims par l’offensive allemande. Deux bombardements endommagent deux avions et font deux tués et sept blessés. L’Escadre est trop près de la frontière, et elle s’envole à Saint-Yan au centre est de la France pour plus de sécurité.

Le 13 mai au soir la 15ème Escadre est de nouveau opérationnelle, elle dispose de 16 avions dont 4 Farman-221, les plus anciens, mis en réserve. Les troupes allemandes franchissent les Ardennes avec leurs chars qui selon nos stratèges, « ne pouvaient y passer », et elles surgissent à Sedan par surprise (ils refont le coup de 1870). Pourtant des mouvements avaient été signalés par notre aviation de Renseignement, mais personne n’y croyait. Le front enfoncé, il faut y envoyer toutes nos forces et le 14 mai au soir, 6 Farman décollent. Le capitaine Terrassier en fait partie avec le Farman 222.2 n°20 (codé L-162). Il bombarde les bords de Meuse à 22 h 20, à 1500 m et y déverse 2 200 kg de bombes. La brume, les incendies gênent terriblement les équipages qui larguent à l’aveuglette. Ce genre de mission ne convenait pas aux bombardiers lourds. Au même titre que l’on a envoyé les vieux Amiot 143, des bombardiers moyens, très lents en plein jour où la chasse allemande les attendait, un vrai suicide.

Dans la nuit de 2 au 3 juin André Terrassier accomplit une mission sur le Farman 222.2 n°34 (codé L 229). Elle se déroule sur le territoire de Francfort au nord-est de Kaiserslautern à 1 h 55, 2 200 kg de bombes sont larguées à 4 600 m d’altitude. C’est un rare raid qui implique 8 Farman, mais sur des cibles différentes. La 15ème Escadre revient à sa mission stratégique pour laquelle elle avait été initialement prévue. Cette Escadre fut mal employée, déployée inutilement sur plusieurs terrains non adaptés, et par un haut commandement dépassé, désorganisé, avec une idéologie d’un autre temps. Les résultats ne sont que des gouttes d’eau déversées dans un océan de feu, malgré le courage, les sacrifices des équipages n’ont pas démérité, et qui ont payé le prix du sang.

Nous ignorons la suite de la carrière de André Terrassier qui est décédé à Dreux en 1995 à l’âge de 91 ans.

Ci-dessous, voici les 3 types de FARMAN de la 15ème Escadre sur lesquels André Terrassier a volé.

De haut en bas :

- FARMAN 221 n°11 du GB II/15 de la 4ème escadrille codé L-139

- FARMAN 222.1 « 6 » du GB I/15 de la 2ème escadrille

- FARMAN 222.2 « 4 » du GB II/15 de la 3ème escadrille 

   
                                       
    FARMAN 221 222.1 222.2    
                                       
                                       
   

Ci-dessous FARMAN F 221 n°8 du GB II/15 de la 3ème escadrille codé L 136, détruit en Syrie le 25 juin 1941 :

   
                                       
    Farman F 221 numero 8    
                                       
                                       
   

Ci-dessous FARMAN 222.2 n°17 du GB II/15 de la 4ème escadrille codé L-159 réformé à Istres vers fin décembre 1941.

   
                                       
    Farman-222-2-numero17    
                                       
                                       
   

Caractéristiques et performances du FARMAN 222.2 sur lequel André Terrassier à volé pendant la campagne de France de 1939-1940

   
                                       
   

Premier vol octobre 1937, en escadre en décembre 1937

Envergure : 36 m

Longueur  : 21,45 m

Hauteur  : 5,22 m

Moteurs  : Gnôme-Rhône 14 kirs/kjrs de 890 ch pour les 8 premiers

14 N/11 – N/15 de 950 ch pour les 16 autres

Vitesse maximum à l’altitude de rétablissement des compresseurs : 325 km/h

Autonomie 2000 km

Armement : 2 mitrailleuses de 7,5 mm à l’avant, ainsi qu’à la tourelle supérieure

2 mitrailleuses de 7,5 mm sous le fuselage

3500 kg de bombes, mais beaucoup moins suivant la distance comme précisé dans le texte

Remerciements à Éric Delpierre pour ses renseignements sur la famille Terrassier, la laiterie, et qui m’a permis d’écrire la partie aéronautique. A James Mie pour la relecture.

   
                                       
              Sources :    
               

- Le journal les Ailes d’avant-guerre, années 1937 et 1939

- L’excellente revue Les Ailes du même nom, n°15 de janvier à mars 2025, dossier de Matthieu Comas

- Docavia n°12, l’Aviation française de Bombardement et de Renseignement (1918/1940) de Raymond Danel et Jean Cuny

Pierre Caillaud le vendredi 13 février 2026

   
                                       
                                       
                                       
                                       

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